02/11/2007

Une des faces cachées de la Libération


"Pas de femmes. Cet air d'opérette (de Charles LECOCQ - Le petit duc - 1878 - NDLR) devint sous l'occupation un motif... de "verordnung" (prescription) et un prétexte à "verboten" (interdit).
Un jour, sans l'ombre d'une raison , Messieurs nos "protecteurs" décrétèrent "PAS DE FEMMES" en auto, et interdirent ce moyen de transport à nos compagnes.
On croyait évidemment que la Libération changerait tout ça. Il n'en fut rien. Le gouvernement, à moins que ce ne fût M. Lebureau de la 5ème colonne, ratifia bel et bien ce "verboten" et sanctionna cette "verordnung".
Pourquoi ? On se le demande en vain. Las, même avec un dessin, on ne voit pas très bien de quelle manière "le sexe du transporté peut influer sur la consommation du carburant du véhicule", comme on dirait en jargon officiel.
Passe encore si, comme en temps normal, Madame prenait sa voiture ou celle de son mari pour aller se promener sans but. Mais il faudrait , par le temps qui court, être frappé de déficience mentale pour se risquer à voyager quand rien ne vous y contraint. Au surplus, les permis de roulage ne sont distribués qu'au compte-gouttes et l'essence au compte-goutelettes.
Alors, à quoi rime ce manque de galanterie qui n'est qu'une vexation ridicule et anti-économique ?
Oui, anti-économique. Supposons, en effet, que Monsieur et Madame soient appelés à Bruxelles et que Monsieur y aille en auto. Comme la moindre voiture comporte au moins 4 places, Madame pourrait fort bien accompagner son mari sans léser personne, et cela ferait une place vide en moins dans l'auto. Mais comme cela lui est défendu, force lui est bien de recourir au chemin de fer ou à l'autobus, quand il y en a un. Et cela fait un peu plus d'encombrement dans les trains ou les bus, pour le plus grand dam de la collectivité qui s'y enfonce les côtes et s'y écrasent les orteils.
Or, dans le même temps, sur 10 voitures officielles qu'on rencontre, il y en a au moins 9 qu'éclaire un sourire féminin sinon plusieurs.
Tant mieux d'ailleurs, car, loin de critiquer cette aimable manifestation de galanterie, nous souhaitons qu'on l'étende à toutes les femmes et à tous les titulaires d'un permis de roulage, ne serait-ce que pour supprimer une vexation inutile imaginée par les Allemands."


Source: Gil BLAS in La Nouvelle Gazette du 15 mars 1945.


Leval - Gare 4


Pendant que Madame s'en allait, à Bruxelles, par le train...


traction


...Monsieur s'en allait, en voiture... à Dinant.
Tout s'explique !

23:13 Écrit par Patrice Lambert dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : seconde guerre mondiale, liberation, vie quotidienne |  Facebook |

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