20/11/2007

24 juin 1960. La mine tue à Mont-Sainte-Aldegonde


Quand le sillon industriel wallon est évoqué, il s’en trouve toujours pour évoquer, des tremolos dans la voix, l’épopée des mineurs.
Selon « Le Petit Robert », « épopée » signifie Long poème (et plus tard, parfois, récit en prose de style élevé) où le merveilleux se mêle au vrai, la légende à l’histoire et dont le but est de célébrer un héros ou un grand fait »
Le mot est bien choisi.
Que de flots d’encre pour glorifier, notamment pendant la fameuse Bataille du charbon, le mineur de fond. Ainsi le slogan d’une vaste campagne de recrutement organisée, début 1945, par l’Office National de Placement et du Chômage : »Métier de mineur, métier d’honneur »
Le gouvernement d’Achille Van Acker encensait le métier exceptionnellement « méritoire ». Le travail au fond de la mine est un « service civil » d’une noblesse particulière qui pouvait se comparer au service militaire voire aux plus glorieux champs de bataille ! Au sortir de la guerre, fallait oser !
Voilà pour le merveilleux et la légende.


Mineur (05)


La vérité était tout autre. Le mineur, surtout celui du fond, pratiquait un métier insalubre et excessivement dangereux. Le « fosseu » wallon était le plus mal payé d’Europe. Jusqu’en 1936 et après un conflit social très dur, il ne bénéficie quasiment d’aucune sécurité sociale (qui ne sera réellement instaurée qu’en 1945… et remise immédiatement en question par le gouvernement et le patronat).
Les travailleurs étrangers, italiens surtout, étaient plus mal lotis encore. Ne bénéficiant de strictement aucune aide en cas de maladie ou d’accident, ils étaient sous surveillance étroite de la Surêté de l’Etat. A la moindre incartade, surtout la participation à une grève, ils étaient expulsés même si c’était la prison ou la mort qui les attendaient dans l’Italie fasciste. En cas de crise, les syndicats et le POB (l’ancêtre du PS actuel) réclamaient leur retour au pays. Et si le patronat charbonnier exigeait du gouvernement leur maintien sur le carreau, c’est parce qu’il bénéficiait d’une main d’œuvre docile, taillable et corvéable à merci. Seul le Parti Communiste resta toujours, indéfectiblement, de leur côté.


Mineur (01)


Cela veut-il dire que le mineur détestait son métier. N’était-il pas de la fosse comme on est d’un pays, selon l’expression de Pierre Bachelet ? Oui et non.
Oui, parce qu’il régnait parmi ces hommes rudes, courageux jusqu’à la témérité, une solidarité à nulle autre pareille.
Non, car, aucun n’aurait voulu, du moins après la 1ère Guerre mondiale, que son fils devienne mineur. Et ils ne le sont pas devenus ! Alors, les patrons charbonniers ont fait venir des Flamands, puis des Italiens et des Polonais et enfin des Marocains pour les remplacer.
Voilà, très brièvement, pour l’histoire.


mineur (02)


Reste le héros. Le mineur a-t-il été un héros ? Dans un sens, oui. Comme les soldats de n’importe quelle armée depuis que la guerre existe, c’est-à-dire depuis toujours. Un héros qui se bat et qui meurt pour la plus grande gloire des empereurs, des rois, des généraux et des capitaines d’industrie.
Le but ? L’enrichissement de ces derniers et de leurs actionnaires en refusant aux « héros » jusqu’à la possibilité de vivre dignement !


Mineur 03


C’est déjà la deuxième fois que nous relatons, sur ce blog, un accident minier. C’est une certitude, ce ne sera pas le dernier.


mineur (04)


Intérieur de la maison d'un mineur dans les années 1930


TUTTI CADAVERI


Copie d'une lettre adressée au Comité provincial d'aide aux familles des victimes d'accidents mortels du travail, 13, rue Verte à Mons


Monsieur le Gouverneur,


Le 24 juin 1960 vers 5h30 du matin, des ouvriers occupés à des travaux de foudroyage (enlèvement des bois de mines dans les travaux qui ne sont plus occupés) au puits Sainte-Aldegonde des Charbonnages du Centre à Ressaix, furent victimes d'un accident de travail.
Une masse très importante de terres et pierres s'effondra soudain entrainant l'ensevelissement de plusieurs mineurs.
Un premier ouvrier fut découvert mort. Un second blessé fut dirigé vers l'hôpital de Jolimont. Vers midi, un second blessé fut remonté de la mine; ce blessé transporté au même hôpital décéda au cours de la nuit. Le même soir, vers 23 heures, les sauveteurs découvraient le corps de DI GIACOMO, enseveli, sous deux énormes pierres. Il avait sans doute été tué dès le début de l'accident.
DI GIACOMO Giuseppe, né à Lentela (Italie) le 27 décembre 1921 était de nationalité italienne. Célibataire, il vivait en garni, rue d'Haine à Leval-Trahegnies. Ses parents résident en Italie et ne sont jamais venu en Belgique.
DI GIACOMO exerçait le métier de foudroyeur. (...) Il était économe, d'une conduite parfaite et d'une assiduité au travail exemplaire. Ne fréquentant que très peu les cafés ou les lieux de spectacle, (...) il envoyait régulièrement de l'argent à sa mère, veuve en Italie ainsi qu'à sa soeur, encore célibataire. Il avait, la veille du dit accident, remis une somme (...) à son logeur pour les envoyer à son frère au Canada afin d'intervenir dans les frais de son rapatriement.
Le corps de DI GIACOMO Giuseppe qui avait été inhumé provisoirement au cimetière communal de Leval-Trahegnies a été transféré ce lundi 4 juillet en Italie pour y être inhumé définitivement au cimetière de Lentela.


Rue d'Haine

03:07 Écrit par Patrice Lambert dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mine, accident, immigration |  Facebook |

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