15/04/2008

Crimes de guerre à Leval


Cet article est paru dans le numéro 3 de notre revue - 1er trimestre 2003


Ils arrivent


Le 10 avril 1944, Levai était bombardé par l'aviation américaine. Nos usines, situées dans le quartier de la gare qui travaillaient pour la machine de guerre nazie, furent visées... et ratées.
Déjà , les anglo-saxons préparaient l'opération « Overlord », le débarquement du 6 juin 1944, en pilonnant l'Europe occupée. Le but était de causer le plus de dégâts possibles au potentiel militaire allemand. Ils furent puissamment aidéspar les mouvements de résistance qui multiplièrent les sabotages. Revers de la médaille : les victimes civiles furent innombrables.
A l'aube du jour «J» , une armada considérable se présenta devant les plages de Normandie. Une épouvantable boucherie qui allait durer près de 2 mois commençait. L'occupant, malgré des erreurs stratégiques invraisemblables, opposa une résistance forcenée, aidé par le bocage normand, véritable rempart végétal, plus efficace que le fameux «Mur de l'Atlantique» , où chaque haie, chaque buisson, chaque fourré pouvaient se révéler un piège mortel pour les soldats alliés. Les villes de Caen et Falaise, notamment, donnèrent aussi pas mal de fil à retordre aux armées de libération.
Ce n'est que le 1er août qu'elles parvinrent à se dépêtrer de ce bourbier végétal. Les forces allemandes, exsangues, refluèrent rapidement. C'est dans la matinée du 2 septembre que les premières troupes américaines atteignirent la frontière belge, à. Rumes.
En guise de représailles contre la Résistance et la « guerre éclair » anglo-saxonne, les Allemands massacrèrent sauvagement des civils innocents.


Mons - Evènement - La  Libération


Otages innocents ou résistants ?


Alors que l'on se battait avec acharnement dans les faubourgs de Mons, Franz Zeller et Gilbert Vanden Hecke furent arrêtés et rapidement emmenés vers Binche.
La Commission des Crimes de Guerre dans son rapport publié en 1947 écrit : « Le même jour [le 2/09] dans l'après-midi, 2 jeunes gens, Franz Zeller et Gilbert Vanden Hecke, qui se promenaient tranquillement sur le boulevard Elisabeth, furent arrêtés à hauteur de l'école normale. Des Allemands les firent monter dans un camion, qui démarra aussitôt. Un témoin a croisé le véhicule, qui roulait à vive allure. L'un des 2 jeunes gens lui a crié d'aller annoncer à sa mère qu'il était emmené par les Allemands, l'autre a croisé ses mains pour faire comprendre qu'il était prisonnier.
Le lendemain, on retrouva leurs cadavres dans une sablière abandonnée, sur le territoire de la commune de Leval-Trahegnies. Tous deux abattus d'un coup de feu dans la nuque.
Un habitant de Leval-Trahegnies rapporte avoir aperçu, le 2/9/1944, vers 18h30, un camion allemand qui s'arrêta dans la rue Royale (route de Mons à Charleroi) [sic]. Il en vit descendre une trentaine d'Allemands, encadrant 2 civils, qui étaient nu-tête. Il remarqua que le groupe quittait la grand-route et s'engageait sur le chemin qui mène à la sablière où les cadavres furent découverts. Peu après, il entendit des coups de feu, mais il ne se doutait pas qu'un double meurtre venait d'être accompli.
Un autre habitant de la même commune déclare que, le 2/9/1944, vers 18h30, un soldat allemand s'est présenté chez lui et lui a demandé une pelle. Aussitôt après son départ, il entendit, lui aussi, des coups de feu. Il se précipita dans sa cave. C'est cette personne, qui, allant le lendemain a. la recherche de l'outil qui lui avait été emprunté , découvrit les corps inanimés de Franz Zeller et Gilbert Vanden Hecke.
Notre Commission ne possède que peu de renseignements susceptibles de permettre l'identification des auteurs, coauteurs ou complices de ce double meurtre. Sur les lieux du crime, on a retrouvé une pièce d'équipement et un livret militaire au nom d'un certain « Obergefreiter Br... A... » , et d'autre part une correspondance adressée à un certain «Obergefreiter W... H..., Feldpostnummer.../D". Ces 2 individus ont été dénoncés, en qualité de suspects, au gouvernement belge et au gouvernement des Nations Unies. »
Fabrice. MAERTEN, chef de travaux au CEGES, nous écrit « malgré des recherches assez fouillées dans les archives de cette commission, je n'ai pas trouvé de dossier préparatoire pour cette affaire. »


Zeller Franz


Pourquoi la Commission n'a-t-elle pas bougé ?


Le CEGES nous écrit encore : « tant Zeller que Vanden Hecke ont bien été reconnus après-guerre comme Partisans armés (le bras armé du Front de l'Indépendance). Vanden Hecke, né à Mons le 15/10/1925, magasinier, domicilié à Mons, fut recruté pour les Partisans armés (PA)'par Willy Godart le 24/4/1944. Il a dans son dossier, à son actif, la diffusion de la presse PA, la récolte de fonds pour illégaux, le transport de messages et d'armes, ainsi que des sabotages divers. Son dossier note aussi qu'il a été arrêté le 2/9/1944 comme porteur d'armes et de munitions (...) »
« Une autre source (un rapport sur l'activité de la section Mons-Mesvin de la JOC pendant la guerre (...) indique que Maurice Dufour, de cette section, a organisé un groupe de choc, avec notamment Gilbert Van Den Heek [nous remarquerons que l'orthographe du nom est différente, s'agit-il de la même personne ?NDLR], actif lui aussi dans la JOC de Mons-Mesvin. Selon cette même source, Van Den Heek aurait été pris le 1/9/1944 en train de combattre, emmené par les Allemands et fusillé à Leval-Trahegnies. »
Tout ceci est confirmé par une attestation de l'Office de la Résistance, organisme-émanant de la Défense nationale en date du 14.01.1949.
Quant à Franz Zeller, il est né a. Jemappes, le 1/1/1925 et est ouvrier de. brasserie. Il a lui aussi un parcours exemplaire. Recruté chez les PA par Willy Godart en juin 1943, «Zeller montre dès son incorporation (...) à l'Armée belge des Partisans un courage et une abnégation peu commun. Avec une volonté rare, il diffuse la presse clandestine, récolte des fonds pour les illégaux et participe à la récupération sur l'ennemi d'armes et de munitions. Il participe au sabotage de la ligne de chemin de fer Mons-Manage [à, Nimy et à celle de Mons-Bruxelles à Jurbise] portant à. l'ennemi un coup sensible dans ses moyens de transport. Arrêté le 2/9/1944 en service commandé à Mons, il est exécuté sans jugement. Il tombe en brave d'une balle dans la nuque à Leval-Trahegnies » affirme un document é manant du Front de l'Indépendance du 18/08/1947.


La peur d'une prise du pouvoir par les communistes ?


A la Libération, « le Front de l'Indépendance n'entend pas laisser le pouvoir civil aux militaires alliés ou à l'Armée Secrète. En cette fin septembre, le FI, et les communistes qui en tirent les ficelles, s'est emparé du pouvoir dans plus de 1000 communes et notamment toutes les communes ayant «collaboré» c'est-à-dire toutes les plus importantes. Et son intention de prendre le contrôle de l'armée est évidente. (...) Dès lors, Londres coupe les vivres en armes et munitions aux PA. Le FI, lui, ne reçoit plus ses consignes que de Moscou. »
Est-ce la peur de l'instauration d'un pouvoir communiste qui fit que l'on ne s'attarda pas aux cas de Vanden Heeke et de Zeller ? C'était en fait offrir aux « Rouges » 2 « martyrs » supplémentaires et augmenter , de ce fait, la popularité du PC
Ce n'est que bien après la guerre, en 1948, quand il n'est plus question d'une prise de pouvoir par le PC que l'on reconnut les mérites de ces résistants.


Un mystère subsiste


Le 1/2/1945, la commune de Levai se voit assignée par le Tribunal de 1ère instance de Charleroi d'inscrire dans les registres d'Etat-civil le décès sur notre territoire de Gilbert Vanden Hecke et de Franz Zeller. Pourquoi la commune a-t-elle refusé d'acter le décès de nos 2 résistants montois ? Enfin; pourquoi, arrêtés à Mons, sont-ils exécutés à Leval ?
A cette dernière question, on peut raisonnablement supposer que les Allemands, en pleine débâcle, ne voulaient pas s'encombrer de prisonniers. Surtout si l'on sait que Levai sera libéré le 4 septembre.
Signalons encore que les 2 jeunes gens furent enterrés au cimetière de Mons après des funérailles solennelles organisées par la Ville du Doudou.


BIBLIOGRAPHIE


TAGHON Peter : Belgique 44 - La Libé ration , Edition Racines, Bruxelles, 1993
DE LAUNAY Jacques : La Belgique à l'heure allemande, 1940-1945, les années sombres in Marabout Histoire, Edition Paul Legrain, Bruxelles, 1977
BOTTING Douglas et les rédacteurs des Editions Tinie-Life - Le Débarquement in La Seconde Guerre mondiale, Edition Time Life, s.l. , 1978
BLUMENSON et les rédacteurs des Editions Time-Life - La Libération in La Seconde Guerre mondiale, Edition Time Life, s.l, 1978
Ministère de la Justice Commission des Crimes de Guerre - Les Crimes de Guerre commis lors de la libération du territoire national septembre 1944 - Région de Mons, Liège, Georges Thone, éditeur, 1947
Documents du CEGES, Guerre et Sociétés contemporaines, Centre d'Etudes et de documentation, Résidence Palace, Bloc E, rue de la Loi, 155/ bte. 2 1040 Bruxelles
Documents du Front de l'Indépendance
Archives de la Ville de Bmche : actes d'Etat civil.

 

patrice (02)

Patrice Lambert

 

16:55 Écrit par Patrice Lambert dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : seconde guerre mondiale |  Facebook |

Commentaires

Recherche Bjrn je recherche depuis +ieurs années des renseignements sur mon oncle : Marcel (Gilbert) Cuche de Mesvin? Je sais qu'il fut résistant? Quelqu'un l'a-t-il connu ? Merci

Écrit par : Tichon | 23/03/2009

Répondre à ce commentaire

Non. Inconnu chez nous. Désolé.

Écrit par : Patrice Lambert | 25/10/2012

Bombardement en piqué à Leval-Trahegnies le 16/05/1940 Monsieur,

Je suis à la recherche d'informations sur les circonstances et lieu exacts où mon grand-père, alors soldat de la 35e Cie du VIe bataillon des Unités Spéciales de Forteresse, a été blessé et ses compagnons de route tués par une bombe lachée par un Stuka le 16/05/1940 à Leval-Trahegnies.

Si mes informations sont exactes, ils faisaient route pour rejoindre Mons, point de ralliement fixé par le Commandant du bataillon après un ordre de repli donné la veille en fin d'après-midi au départ des environs de Namur.

D'avance merci de toute éventuelle information.


Michel Dupont

Écrit par : michel Dupont | 18/09/2009

Répondre à ce commentaire

Une bombe allemande est tombée sur la route de Charleroi lors de la Campagne des 18 jours. Son impact est toujours visible aujourd'hui. Il se situe, en venant de Binche, direction Charleroi, au milieu du lieu-dit " la Côte de Moscou" à la limite d'Anderlues. Je ne savais pas qu'il eut des victimes. Merci du renseignement.

Écrit par : Patrice Lambert | 10/10/2012

Bombardement en piqué à Leval-Trahegnies le 16/05/1940 Monsieur,

Je suis à la recherche d'informations sur les circonstances et lieu exacts où mon grand-père, alors soldat de la 35e Cie du VIe bataillon des Unités Spéciales de Forteresse, a été blessé et ses compagnons de route tués par une bombe lachée par un Stuka le 16/05/1940 à Leval-Trahegnies.

Si mes informations sont exactes, ils faisaient route pour rejoindre Mons, point de ralliement fixé par le Commandant du bataillon après un ordre de repli donné la veille en fin d'après-midi au départ des environs de Namur.

D'avance merci de toute éventuelle information.


Michel Dupont

Écrit par : michel Dupont | 18/09/2009

Répondre à ce commentaire

je suis à la recherche d'information ou de photo sur le bombardement qui a eu lieu en 1944 à la cité de la croix rouge à leval trahegnies ou ma tante nelly clara agée de 15 ans a etait tuée

Écrit par : clara | 25/10/2012

Répondre à ce commentaire

Il existe peu de choses sur ce bombardement. Je vous conseille de consulter le livre du Cercle d'Histoire Guillemin de La Louvière "Les Bombardements alliés dans le Centre" de feu Georges Place.

Écrit par : Patrice Lambert | 25/10/2012

Les commentaires sont fermés.